Paroisse

Méditation dominicale : 14 octobre 2018

Le Père jésuite Antoine Kerhuel, nous introduit à la méditation avec les lectures du 28ème dimanche ordinaire, année B.
« Préférer la Sagesse à toute autre chose ». Telle est l’invitation que nous adressent les textes de la liturgie de ce dimanche.

La première lecture de ce jour – tirée, précisément – du livre de la Sagesse, nous invite à dresser comme deux colonnes. Dans la première colonne, nous inscrirons la richesse, l’or et les pierres précieuses, mais aussi le pouvoir (car nous entendons parler de trônes et de sceptres), la santé et la beauté. Dans la seconde colonne, nous mettrons le discernement, l’esprit de la Sagesse et sa clarté. Sans aucune hésitation, l’homme bon désire cette seconde colonne. Même si l’on est riche et puissant, le vrai bien se trouve dans la Sagesse. Dans l’histoire d’Israël, certains grand hommes ne s’y sont pas trompés : tout roi qu’il était (et tout pécheur qu’il était), le roi Salomon a résolument désiré recevoir le suprême bien qu’est la Sagesse.
Dans l’Evangile, un homme riche se présente devant Jésus et lui pose une question : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus reprend cet homme en lui rappelant que seul Dieu est bon et que l’observation de la loi de Moïse indique à tous les enfants d’Israël comment agir. Puis, devant l’insistance de son interlocuteur, Jésus ajoute : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi ». Ces paroles de Jésus déconcertent cet homme riche, qui, depuis sa jeunesse, respecte scrupuleusement les prescriptions de la Loi. Et ces paroles de Jésus peuvent nous surprendre, nous aussi. Dans la Bible, la sagesse ne désigne pas ce que, dans notre langage quotidien, nous mettons spontanément sous ce terme – c’est-à-dire la sagesse comprise comme bon sens, comme esprit de mesure, comme clarté de la pensée ou encore capacité à formuler des avis judicieux et informés. Accueillir la sagesse consiste à nous vider de tout ce que nous avons (et de tout ce après quoi, d’habitude, nous courons), afin de créer de la place pour entrer dans une relation profonde avec le Seigneur. Cette sagesse fait entrer, pourrait-on dire – dans le « vouloir » de Dieu, c’est-à-dire dans une familiarité avec Dieu qui nous fait reconnaître l’œuvre de vie que le Seigneur accomplit dans le monde et qui nous fait participer, à notre place, à cette œuvre de vie. La lecture de l’Evangile nous suggère que cette sagesse est en fait une personne : Jésus que nous sommes appelés à accueillir et suivre en tant que disciples. Ce Jésus est l’exemple même de celui qui a tout abandonné – toute richesse et tout pouvoir – pour partir à la recherche de tout homme, de toute femme et de tout enfant (quel que soit leur état social : riche ou pauvre, malade ou bien portant) et les appeler à la plénitude de la vie. En agissant ainsi, Jésus s’est – pourrait-on dire – comme vidé de lui-même pour laisser transparaître l’amour de son Père, et de notre Père, à l’égard de tous. La Sagesse – avec un grand S – que nous sommes invités à préférer est donc une personne – Jésus – qui ne retient rien pour lui, mais vit tout événement de sa vie en référence à Celui qu’il appelle son Père, et notre Père. Elle n’est pas l’élément d’un trésor à conquérir, mais l’expérience d’une relation vivante avec Jésus qui nous montre le Père.
S’il en est ainsi, nous comprenons plus facilement peut-être l’extrait de la lettre aux Hébreux que nous entendons en ce jour : « Elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ». Jésus, Parole de Dieu et Sagesse de Dieu, dénude en nous ce qui fait obstacle à notre dignité d’enfant de Dieu. Loin de chercher des sécurités dans ce que nous possédons, ouvrons-nous donc à un accueil généreux et vivant de Celui qui est « chemin, vérité et vie », lui qui n’a rien gardé pour lui mais qui s’est donné totalement pour nous.